Une lecture juridique et géopolitique du raid de Caracas

La conférence donnée par José Francisco Rodríguez QUEIRUGA au Cercle de la Mer a offert un éclairage rare sur un événement qui a surpris la communauté internationale : l’opération américaine du 3 janvier à Caracas, au cours de laquelle Nicolás MADURO a été extrait de son palais présidentiel. Juriste, économiste, entrepreneur et président de la Chambre de Commerce Latino‑Américaine (CCLAM), Francisco QUEIRUGA a mobilisé son expertise pour analyser non pas l’effet spectaculaire de l’action, mais la construction juridique minutieuse qui l’a rendue possible.

Natif de La Corogne en 1960, diplômé en droit européen, ancien Secrétaire général de la Chambre de commerce espagnole en France, représentant de l’Espagne auprès de l’UNESCO et Président de la CCLAM depuis 2013, Francisco QUEIRUGA est un passeur entre l’Europe et l’Amérique latine. Son expérience institutionnelle, économique et culturelle — rappelée en ouverture de séance par le Secrétaire général du Cercle — donne à ses analyses une profondeur singulière.

Le cœur de son intervention a porté sur un point parfois mal compris : l’opération américaine n’a pas été conçue comme un acte de guerre, mais comme une action de police internationale, soigneusement argumentée sur le plan juridique. Francisco QUEIRUGA a détaillé les éléments qui ont permis cette qualification :

  • Le statut contesté de Nicolás MADURO, dont l’élection n’était reconnue que par un nombre limité d’États (Cuba, Nicaragua, Russie…), ce qui affaiblissait sa prétention à incarner la souveraineté vénézuélienne.
  • La présentation de MADURO comme un simple citoyen justiciable, accusé de spoliation d’intérêts américains dans le secteur pétrolier, de maltraitance d’opposants et de direction d’un cartel de drogue.
  • La qualification pénale préalable, permettant aux États‑Unis de considérer l’opération comme l’exécution d’un mandat visant un individu recherché pour crimes graves.
  • L’absence d’obligation d’obtenir l’aval du Congrès, puisque l’action relevait d’une opération de police internationale et non d’une intervention armée contre un État souverain.

Cette construction juridique, selon QUEIRUGA, a été élaborée pour éviter toute assimilation à une ingérence militaire, qui aurait constitué une violation manifeste du droit international.

A l’occasion du déjeuner qui a suivi, notre conférencier a eu l’occasion de replacer l’événement dans un contexte régional et global. En Amérique du Sud, l’opération n’a pas généré de tensions excessives. Aux États‑Unis, elle a marqué une évolution dans la manière de traiter les dirigeants accusés de criminalité transnationale. En Europe, souvent spectatrice, elle pose la question d’une position plus claire face aux régimes contestés d’Amérique latine.

L’ensemble de cette analyse s’est distingué par une volonté de compréhension plutôt que de jugement, fidèle à l’esprit du Cercle de la Mer.